



25 mars 1991 - 25 mars 2008
Il y a dix-sept ans, Dieu rappelait à lui l'âme de son serviteur
Mgr Marcel LEFEBVRE
archevêque de Dakar, évêque de Tulle
supérieur général de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit
fondateur et supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X
« Étant donné cet esprit qui règne maintenant à Rome et que vous voulez nous communiquer, nous préférons continuer dans la
Tradition, garder la Tradition, en attendant que cette Tradition retrouve sa place, en attendant que cette Tradition retrouve sa place dans les autorités romaines, dans l’esprit des
autorités romaines. Cela durera ce que le Bon Dieu prévoit. Ce n’est pas à moi à savoir quand la Tradition retrouvera ses droits à Rome mais je pense que c’est mon devoir de donner les
moyens de faire ce que j’appellerais cette opération survie, opération survie de la Tradition. » Sermon du 30 juin 1988
Editorial du n° 181 de Fideliter
Le pape Jean-Paul II, écrit Yves Chiron dans son Dictionnaire des saints et des bienheureux du XXe siècle (éditions de Paris, 1999), « a béatifié et canonisé beaucoup plus que tous ses prédécesseurs réunis depuis le XVIe siècle ».
Certes, il a béatifié des martyrs (espagnols, 228 ; mexicains, 27 ; thaïlandais, 7), ce qui ne réclame ni examen de la pratique héroïque des vertus, ni miracles post mortem. Il suffit, pour le martyr, d’avoir accepté la mort donnée par le bourreau en haine de la foi ou de la morale.
Mais la plus grande partie des saints béatifiés ou canonisés l’est selon une procédure classique, celle de l’examen des vertus et de la constatation de miracles post mortem. Or, sur ces deux points, on peut légitimement émettre des doutes fondés depuis le Concile.
Concernant l’examen des vertus, un premier point est le raccourcissement important des délais d’ouverture et de clôture des procès dans certains cas « médiatiques ». Ces délais, imposés pour de sages motifs, permettaient pourtant de prendre un nécessaire recul, d’attendre la publication de certains témoignages, de voir s’ouvrir des archives, etc.
Le deuxième point, beaucoup plus préoccupant, est la notion même de vertu. Le tête à queue théologique réalisé lors du concile Vatican II, spécialement quant à la liberté religieuse, à l’œcuménisme et au dialogue interreligieux, ne peut manquer d’avoir un fort retentissement, notamment sur l’appréciation des vertus de foi, d’espérance, de charité et de prudence.
En effet, il est difficile aujourd’hui, à la lumière de Vatican II, de juger comme vertu, pour un curé de paroisse ou un missionnaire, la consigne donnée à ses fidèles de fuir les non-catholiques et de s’en tenir à l’écart; à l’inverse, il est difficile, toujours à la lumière de Vatican II, de juger comme erreur et vice le fait d’encourager lesdits fidèles à fréquenter ces non-catholiques et à se mêler à eux.
On risque donc de se retrouver, avec les canonisations récentes, devant des interrogations graves: s’agit-il d’un saint au sens classique, ou s’agit-il d’un parangon des « nouvelles vertus » issues du Concile ?
Toutefois, selon les principes reçus concernant les canonisations, celles-ci devaient être « certifiées » par Dieu lui-même, par le moyen des miracles. Les règles d’examen de ces miracles étaient très sévères. Il fallait deux miracles pour la béatification, et deux autres pour la canonisation.
Or les nouvelles règles, adoptées précisément pour « accélérer » les choses, ont considérablement simplifié les procédures. En particulier, un seul miracle suffit à chaque étape, alors que l’obligation de deux miracles rendait autrefois quasi impossible une erreur ou une fraude.
Que faire dans une telle situation embrouillée et confuse?
Rejeter tous les saints proclamés depuis le Concile? Ce serait sot et bien
imprudent. Pourrait-on impunément mépriser Frédéric Ozanam, le père Brottier, le père Miguel Pro, le padre Pio, le pape Pie IX, le père Cormier, Mgr Moreno y Diaz, don Michele Rua, le
cardinal Schuster, dom Marmion, par exemple?

Accepter ces nouveaux saints en bloc? Ce serait risquer d’avaler l’erreur au milieu de la vertu la plus héroïque.
Sélectionner les saints qui nous plaisent, qui nous conviennent, en rejetant ceux que nous estimons indignes d’être saints? Ce serait nous substituer au Magistère, seul compétent.
La Fraternité Saint-Pie X a choisi de ne pas choisir, et d’attendre les décisions d’un Magistère redevenu clair.
Lors du Chapitre de 2006, elle a rappelé faire ce non-choix « afin de ne pas tomber dans la nécessité de choisir [entre les saints] et de tomber dans l’arbitraire ». Les réflexions proposées ici sont donc spéculatives, et ne prétendent pas trancher définitivement la question.
Et afin d’accélérer la venue de ce jour de clarté, recourons avec ferveur à tous les saints du Ciel, les priant pour nous-mêmes et pour l’Église.
Abbé Régis de Cacqueray †
Supérreur du District de France
Source : la Porte Latine

« Le premier jour de la semaine, Marie
Madeleine et l'autre Marie vinrent faire leur visite au tombeau de Jésus. Et voilà qu'il y eut un grand tremblement de terre ; l'ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la
pierre et s'assit dessus. Il avait l'aspect de l'éclair et son vêtement était blanc comme la neige. Les gardes, dans la crainte qu'ils éprouvèrent, furent bouleversés, et devinrent comme
morts.
Or l'ange, s'adressant aux femmes, leur dit : « Soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n'est pas ici, car il est ressuscité, comme il l'avait dit. Venez et voyez l'endroit où il reposait. Et, vite, allez dire à ses disciples : « Il
est ressuscité d'entre les morts ; il vous précède en Galilée : là, vous le verrez ! » Voici que je vous l’ai dit. » Matthieu, VIII, 1-8

"Il m'a fait trop de mal pour dire du bien de lui. Il m'a fait trop de bien pour dire du mal de lui".
Je crois que sont là les mots qu'avait écrit l'abbé Berto sur Jacques Maritain, et qu'aujourd'hui je pourrais reprendre à mon compte à propos de Dom Gérard Calvet OSB, qui vient de disparaître. Ainsi, l'abbé du monastère Sainte-Madeleine du Barroux s'est présenté en ce jour devant le Juge Suprême et a vu, a certainement vu, le mal terrible, l'avalanche qu'il a provoquée en raison de sa vanité, de l'abandon du combat auprès de Monseigneur Lefebvre et de l'adhésion de toutes ses forces à Vatican II et son oeuvre sinistre. Nos lecteurs brésiliens peuvent avoir une vague idée de cela en lisant l'ouvrage qui j'ai écrit pour relater les négociations entre Monseigneur Lefebvre et le Vatican ( La Tradition contre le Vatican, éd. Permanencia). Le monastère du Barroux était un haut lieu de la Tradition , son influence dépassait les limites de la vie monastique, de la France même, et touchait le monde entier, en attirant des jeunes de toutes parts afin de vivre à nouveau la vie monastique authentique, telle qu'elle s'est vécue jusqu'aux temps de Pie XII. Les fidèles du monde entier savaient que, même en ayant un style différent de la Fraternité Saint-Pie X, les moines bénédictins de la Tradition étaient la marque de fécondité de toute cette oeuvre de restauration.
Dom Gérard avait envers le Brésil une affection particulière, et il y était venu dans une fondation du monastère de Tournay, entre 1962 et 1968. Au cours de cette année de grands changements et d'agitations, il est retourné en France, désespéré devant les départs de prêtres et la Révolution opérée par le Concile. Avant de regagner son pays natal, il vint à la maison de Gustavo Corção, à Cosme Velho et il pleura avec ce vieux combattant sur la Passion de l'Église. Corção a raconté cette histoire dans l'article « Malhas que os anjos tecem », que nous publierons brièvement.
Il se fit ermite dans les montagnes du Midi jusqu'à ce qu'il fut informé qu'une propriété à louer était disponible à proximité, avec une jolie chapelle du XIe siècle. On était au milieu de l'année 1970. Ensuite arriva un jeune qui voulut l'accompagner, puis un autre, et encore un. Une communauté monastique s'est créée, mais dans le but de maintenir la Tradition , la messe tridentine, même en s'engageant dans une guerre, comme venait déjà de le faire Monseigneur Lefebvre, qui avait fondé le séminaire d'Ecône la même année. Et ainsi les destinées du monastère de Bédoin et d'Ecône furent-elles liées. En 1974, un de nos jeunes de Permanencia, guidé par Gustavo Corção, entra au monastère Sainte-Madeleine, en recevant le nom de Frère Thomas d'Aquin. Plus tard, en 1980, ce fut mon tour. Notre formation de Permanencia se faisait toujours en fonction de la théologie traditionnelle. Il n'y avait pas de prêtres très proches de nous, un aumônier par exemple, seulement quelques bons prêtres qui célébraient la messe en cachette, de peur de la furie de Dom Eugenio Sales ; c'était Corção qui enseignait la doctrine et ce fut une garantie de qualité : Saint Thomas d'Aquin et ses commentateurs, surtout Garrigou-Lagrange, P. Gardeil et d'autres encore ; les grandes encycliques, les grands saints docteurs. Néanmoins, quand je suis entré à Bedoin, j'y ai trouvé les mêmes références que celles que nous avions dans les leçons de Corção et de mon père. Plus encore : le même esprit de combat contre la vague de progressisme venue avec Vatican II. Je me rappelle de moments marquants de la vie de la communauté du Barroux (où fut transféré le monastère en décembre 1981), quand Dom Gérard attaqua fortement les erreurs des progressistes, en désignant leurs hérésies et en donnant une orientation sûre qui fut toujours la même. Ah oui, ce n'était pas comme Ecône parce que ce n'était pas un évêque, mais il y avait une profondeur dans ses écrits et sa pensée qu'on pouvait remarquer dans ses articles de la revue Itinéraires. Mais Dom Gérard avait certains défauts graves et sa nature pouvait être gagnée facilement par des personnes qui le flattaient avec certains types de compliments. A cette époque, il était confus et a aussitôt commencé à glisser dans l'orgueil de se savoir si influent, si recherché par tant de gens, en réussissant à construire un monastère qui laissait la France bouche bée. Le premier signe de ce phénomène intervint en 1983, lorsque sortit le nouveau Code de Droit canonique. Le prêtre qui enseignait cette matière, issu du diocèse d'Avignon, et qui célébrait aussi la messe traditionnelle, fit une conférence en montrant plusieurs erreurs graves du nouveau code. Mais, tout comme sont ces "conservateurs", à la fin, il disait que c'était l'Église qui nous le donnait, que nous devions l'accepter. Je lui ai demandé comment il pouvait être donné par l'Église et aussi corrompu. Mais Dom Gérard ne l'a pas laissé répondre, en affirmant qu'il était de l'Église et que nous allions toujours l'utiliser à la lumière de la Tradition. Comme à l'accoutumée, dom Gérard m'a demandé de téléphoner à Mgr Antõnio de Castro à Mayer pour connaître l'avis de l'évêque émérite de Campos, docteur en droit canon. Ils ont entendu personnellement la réponse de Dom António : « Le nouveau code de droit canon fait partie des hérésies de Vatican II ». Et la chose est restée ainsi. Mes inquiétudes, en vérité, ont diminué dans la mesure où Dom Gérard continuait, après cela, à critiquer fortement et en public les erreurs du pape et du Concile. Il suffit de relire un des exemplaires de la Lettre aux amis du Monastère, où il parlait de « l'hérésie oecumeniste ».
En 1984, Dom Gérard a été appelé à une rencontre avec le président de la Confédération bénédictine, à Florence, en Italie. Là, on lui a proposé de recevoir les approbations de Rome pour la vie monastique et pour la messe traditionnelle, si, en échange, il acceptait de ne plus aller à Ecône. A son retour, Dom Gérard en a parlé à la communauté qui lui a répondu que cette proposition était une trahison, et que lui n'était pas un traître. Par cette réponse et d'autres encore, je me sentais en sécurité, malgré des glissements que je sentais déjà. Quatre ans plus tard, encore influencé par des personnes infiltrées dans le monastère, le prieur se laissa séduire par une Tradition officialisée par Rome, en disant croire en la sincérité des autorités qui, disait-il, ne lui demandaient rien en échange. Mais Dom Gérard a reçu le cardinal Mayer qui est rapidement venu au Barroux proposer un accord après le refus de Monseigneur Lefebvre de continuer les négociations. Pour faire un accord avec Rome, le Barroux devait s'éloigner de Monseigneur Lefebvre. La même proposition qu'en 1984, néanmoins avec une réponse différente de Dom Gérard. Cette fois, la mitre et la crosse de l'abbé étaient en jeu. Rome savait séduire pour gagner. Et la trahison arriva. Il a trahi ce que Monseigneur Lefebvre avait fait pour le Barroux. Il a trahi la Sainte Eglise en baissant la garde, en cessant le combat, en concélébrant avec le pape à Rome, en acceptant la nouvelle messe . Ensuite, il a laissé agir la dynamique de Vatican II (comme le dira quelques années plus tard l'abbé Cottier, aujourd'hui cardinal, à propos de l'accord de Campos). S'il m'est permis de me citer moi-même, je dois dire qu'avant de partir du Barroux, j'ai dit à Dom Gérard : "Des milliers de familles en France et dans le monde attendent un mot pour les confirmer dans la foi, en refusant la trame et la malice de nos ennemis. Cet accord sera l'occasion de grandes divisions dans les familles". Tout a été vain. Le reste fut un drame aux proportions incalculables, pour les moines, divisés, pour une belle communauté monastique qui changeait l'itinéraire de sa vie pour finir détruite, ensevelie par le progressisme de Vatican II. Des vingt prêtres que nous étions au Barroux en 1988, je crois que cinq sont restés. Quelques-uns ont tout lâché, la vie monastique et le sacerdoce, d'autres ont continué le combat de la Foi aux côtés de la Fraternité S. Pie X, d'autres sont devenus prêtres diocésains en célébrant la nouvelle messe, aussi mondains et laïcisés que des prêtres progressistes. Un cataclysme qui maintenant, devant Notre Seigneur, Dom Gérard doit considérer dans toute sa proportion. Il paraît que dans ses derniers mois, il se serait rendu compte du mal qu'il avait permis et a causé. Il aurait dit qu'il s'était trompé dans le choix de 1988. Je ne sais pas ce qu'il en est vraiment. Je prie pour son âme en ce moment terrible, le remerciant de ce que j'ai appris de lui, attristé par tout ce que j'ai souffert par lui, animé par la vertu d'Espérance du désir qu'il ait une place au purgatoire où il puisse expier ses manques. De son âme, de sa vie morale, je n'ai pas à témoigner ni n'ait à dire quoi que ce soit contre lui. Mais la chute de son monastère, causé par sa vanité, en a atteint beaucoup, a blessé l'Église et a besoin d'être expiée.
Dom Laurenco FLEICHMAN osb
Apprenant qu'il était atteint d'un cancer à l'automne dernier, le R.P. Ange est décédé en offrant ses souffrances et sa mort pour S.S. le pape Benoît
XVI
R.P. Dom Ange FERREIRA da COSTA osb
prieur de l'abbaye Notre-Dame de Bellaigue
5 juin 1965 - 9 mars 2008
Messe de funérailles célébrée par S. Exc. Mgr Alfonso de Galarreta le 15 mars 2008 à Bellaigue.


