L'abbé Paul Aulagnier répond à Mgr Guido Pozzo

Publié le par Christus imperat

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A la suite de la conférence que Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la commission pontificale Ecclesia Dei,  a accordé aux prêtres de la Fraternité Saint-Pierre, l'abbé Paul Aulagnier, ancien assistant général de la Fraternité Saint-Pie X, propose la réponse suivante : 

  

Je finis la lecture de la conférence de Mgr Pozzo.

  

On peut la résumer comme suit: Il faut interpréter le Concile comme étant  une œuvre « de réforme » de l’Eglise, réforme certes,  mais dans la  » continuité » du Magistère et nullement en « rupture » avec le Magistère.  Il y aurait, de cette œuvre conciliaire deux interprétations possibles, « deux herméneutiques », possibles qui, du reste,  ont vues le jour: « celle de la rupture, et celle de la réforme dans la continuité ».

   

Dans la fidélité au Pape Benoît XVI, il faut clairement choisir cette dernière. Il le dit clairement dans sa conclusion. « Il faut utiliser cette dernière direction pour affronter les questions controversées, en libérant, pour ainsi dire, le Concile du para-concile qui s’est mélangé avec lui, et en conservant le principe de l’intégrité de la doctrine catholique et de la pleine fidélité au dépôt de la foi transmis par la Tradition et interprété par le Magistère de l’Église ».

  

Première  considération :

 

Pour Mgr Pozzo, autre le Concile et ses textes,  fidèles à la Tradition et au Magistère de toujours. Autre l’interprétation du Concile.

Autre le Concile. Autre le « para concile ».

 

C »est  la thèse qu’on n’ a cessé de présenter à Mgr Lefebvre et qu’il refusa toujours d’accepter. Non, Non, disait-il : « l’origine du mal, c’est le Concile et « toutes les réformes issues du Concile ». Et c’est pourquoi, par exemple,  il avait l’audace de dire « être dans l’impossibilité de former des jeunes  au sacerdoce avec la nouvelle messe ». Mais qui peut, de la hiérarchie actuelle, comprendre cela? Il n’y aura une augmentation du nombre de prêtres que le jour où l’on abandonnera la « nouvelle messe ». Elle n’est pas la messe « ordinaire » du rite romain, elle est la « messe de Luther », ou si vous préférez,   » une messe bâtarde », une « messe empoisonnée ». Les communautés « Ecclesia Dei », de cette vérité, en font la preuve, année après année…Et la hiérarchie s’enrage et ne voit toujours  rien. Il viendra un jour où Rome sera obligée de prendre des évêques en leur sein et de les nommer à la tête de diocèse. Ce sera peut-être au début de petits diocèses où il ne reste plus que quelques prêtres. Ces prêtres pourront s’opposer à cette nomination d’évêque. Avec un peu de fermeté, le nouvel évêque  pourra faire appel à ces nouveaux prêtres, sans aller les chercher en Afrique. Et d’un coup, la messe traditionnelle reviendra…Le peuple en sera étonné…Mais s’y fera bien vite…Je rêve! Pas tant que cela.

 

Autre le Concile. Autre le « para concile », nous dit Mgr Pozzo.

 

On en revient toujours là. C’est la bouée de sauvetage des « conciliaristes ». Il faut coûte que coûte sauver le Concile.

 

Je le veux bien …

Mais alors que faites-vous des déclarations du Cardinal Congar, disant que le Concile fut «  une vraie révolution dans l’Eglise » ou du cardinal Suenens disant que le Concile est  » 1789 dans l’Eglise ». Or ces deux personnalités furent, elles aussi, parmi les « chevilles ouvrières » du Concile Vatican II.

Que faites-vous de la déclaration du 21 novembre 1974 de Mgr Lefebvre disant que le Concile a subi une réelle influence du modernisme et du libéralisme; que faites-vous  de son livre »J’accuse le Concile? » Et Mgr Lefebvre était parmi les personnalités de qualité du Concile. Il était à l’époque parmi les « supérieurs généraux des grandes congrégations de l’Eglise » et qui, plus est,  archevêque et président du « Coetus internationalis Patrum », représentant quelques 250 pères conciliaires.

Que faites-vous alors des critiques du cardinal Ottaviani critiquant très sévèrement la réforme liturgique de Mgr Bunigni, réforme liturgique réalisée, nous dit-on, en application de Sacro sanctum Concilium .

 

Etc. Etc.

 

Une autre considération:

 

Dans les paroles de Mgr Pozzo, il y a une nouveauté. Il parle de « questions controversées » du Concile. Enfin…C’est une nouveauté. Ces « controverses » doivent faire l’objet des entretiens avec la FSSPX.

 

Prenons brièvement le sujet de l’œcuménisme.

 

Lorsqu’il résume la doctrine conciliaire sur l’œcuménisme, c’est la deuxième partie de sa conférence, vous ne le verrez jamais utiliser le mot « retour » à l’Eglise catholique des différentes confessions. Ce mot est banni de sa pensée.  Mais c’est ce que l’on entend toujours sur ce sujet : il faut éviter toute expression faisant allusion au retour des frères séparés. Voilà l’axiome doctrinal et la directive pratique du mouvement œcuménique.  Comme le dit Romario  Amerio, dans son « Iota Unum » à la page 457 « on abandonne le principe du retour des frères séparés au profit de celui de la conversion de tous les chrétiens au Christ total, immanent à toutes les confessions. Comme le professe ouvertement la patriarche Athénagoras, « il n’est pas question dans ce mouvement d’union de marche d’une  Eglise vers l’autre, mais de marche de toutes les églises vers le Christ commun » (ICI, n° 311, p. 18,1er mai 1968).

 

Mais si vous faites remarquer que ce n’est pas l’enseignement que nous donne Pie XI dans son encyclique « Mortalium animos », – là, en effet,  le pape affirme que la vraie union des Eglises ne peut se faire que par le retour (per reditum) des frères séparés à la vraie Eglise de Dieu -,   Mgr Pozzo vous répond: Non! Non ! « le Concile reste (bien) sur le terrain de la tradition en ce qui concerne la doctrine de l’Eglise. (Mais) cela n’exclue pas toutefois que le Concile ait produit de nouvelles directives et explicité certains aspects spécifiques. La nouveauté par rapport aux déclarations antérieures au Concile consiste déjà dans le fait que les relations de l’Eglise catholique avec les Églises orthodoxes et les communautés évangéliques nées de la Réforme luthérienne sont traitées comme une question distincte et dans un mode formellement positif, tandis que dans l’encyclique Mortalium animos de Pie XI (1928), par exemple, l’objectif était de délimiter et de distinguer clairement l’Eglise catholique des confessions chrétiennes non-catholiques ».

 

Si c’est ainsi que Mgr Pozzo pense régler  le problème de la continuité de la pensée du Conciliaire  sur l’œcuménisme avec la Tradition, je pense que les conversations doctrinales avec la FSSPX risquent   de  ne pas aboutir…  C’est toujours ce que j’ai pensé. Ce n’est pas par des « conversations doctrinales » qu’on mettra fin à la crise de l’Eglise. Quand Mgr Lefebvre, après l’échec des conversations « pratiques  » avec le cardinal Ratzinger en 1988, disait « la prochaine fois, c’est moi qui mettrais mes conditions; « Êtes-vous d’accord avec le Syllabus »?; « Êtes-vous d’accord avec le serment antimodernus ? « Êtes-vous d’accord avec l’encyclique Libertas ? etc., il voulait simplement dire qu’il fallait d’abord faire une protestation de foi  avant de s’asseoir de nouveau à la table des conversations et que cette protestation de foi devait être partagée par tous les intervenants…

 « Messieurs préparez-vous pour une combat de longue durée », nous disait Mgr Lefebvre. Il est doctrinal, certes. Mais on ne discute pas avec le modernisme. On le combat  concrètement par une doctrine intègre et un apostolat énergique et vaillant.

 

Abbé Paul Aulagnier

 

source

 

 

 

 

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Ysengrin 07/10/2010 19:55


La crise de l'Eglise prendra fin un jour. Quand et pourquoi ? Je pense qu'aux alentours des années 2040 nous devrions voir le bout du tunnel. Affirmation péremptoire ? Non.

Examinons la cas emblématique de l'ex-URSS. Elle naquit en 1917, et pris fin en 1989, quoique c'est en 1985 que commence la chute finale. Pourquoi l'Urss est-elle morte en 1989, et d'une mort bien
réelle, puisque tous les principes de la révolution de 1917 furent rayés d'un trait de plume, et non en 1969 ou en 2004 ? C'est tout simplement que, pour des raisons biologiques évidentes, le
premier dirigeant de l'Urss a, et ceci est fondamental, n'avoir pas connu la révolution de 1917 est arrivé au pouvoir en 1985. Et, comme par hasard, il mit fin au désastre.

Il put y mettre fin car il n'avait pas de lien sentimental avec la révolution de 1917. Gorbatchev est né en 1931, et quoique formé dans la plus parfaite orthodoxie communiste, cette révolution
était pour lui du passé, il la découvrait par des livres, des documents, du papier, mais il ne l'avait pas vécu, elle ne faisait pas partie de sa vie. C'est pourquoi il n'eut aucune difficulté à y
mettre fin, et à faire changer de direction radicalement son pays.

A contrario, ses prédécesseurs (Brejnev, Tchernenko) avaient tous vécu 1917, et 1917 occupait une partie de leur vie. Difficile pour tout homme, mû par un sentiment d'amour propre, de rejeter
purement et simplement un pan entier de sa vie. Alors, même s'il reconnaît s'être trompé, il préfèrera aménager, réformer, développer une herméneutique de continuité que de purement et simplement
abroger une erreur.

Le pape Benoît XVI est dans ce cas. Il a connu le concile, il y a participé (Il était théologien du cardinal Fritz, considéré comme progressiste), le concile est un moment de sa vie, et donc, en
conséquence, même s'il est très critique, il ne reviendra jamais sur le concile, et développe, ce que l'on constate actuellement, une herméneutique de continuité, c'est-à-dire des contorsions
intellectuelles pour prouver que le concile Vatican II peut être considéré comme conforme à la Tradition bimillénaire de l'Eglise.

Alors, lorsque nous aurons un pape, et des dignitaires de l'Eglise qui n'auront pas participé au concile, pour lesquels ce concile ne sera que du passé, ils pourront se pencher, sans passion, sur
les textes du concile et purement et simplement supprimer les textes ambigus sans état d'âme.

Considérant que soixante-dix ans ont été nécessaires pour avoir un dirigeant né après la révolution de 1917, je pense donc que vers 2040 (1970 + 70)(A quelques années près)nous aurons un tel pape.
D'ici là, et tant que seront aux commandes de Rome des personnes ayant vécu cette triste période, il ne faut pas s'attendre à une remise en cause pure et dure du concile Vatican II, pour les
raisons que je viens d'évoquer.


PePelado 27/08/2010 19:56


C'est un débat complexe et il est difficile d'en détenir tous les tenants et les aboutissants...il faut vraiment être un expert je me vois pas me taper les milliers de pages de Vatican II.


Austremoine 03/09/2010 11:47



Sans vous "taper" des milliers de pages, vous pouvez vous restraindre à la lecture de certains textes emblématiques du concile comme sur la liberté religieuse, le rapport avec les autres
religions etc...ces textes relativement courts mais clairement en contradiction avec la doctrine catholique.